Le journal

des  souvenirs

L’

écriture par la lumière est une passion, l’appareil photo, le stylo, et la pellicule, argentique ou capteur numérique, la feuille blanche sur laquelle on imprime ses émotions et rapporter des évènements, qui ne reviendront plus, mais qui peuvent devenir éternelles, une véritable machine à remonter le temps. L’écriture par les mots est pour moi beaucoup moins évidente, plutôt un exutoire.
Sur ce site, j’intègre les sujets que je couvre pour l’agence Sipa Press depuis le début de l’année 2017, ainsi que des commandes du journal l’Humanité
ou du magazine Afriques Magazine.
Mes photos et reportages des années 80 et 90 sont pour la plupart le fruit d’un travail au sein d’une agence qui n’existe plus depuis 2003, l’agence de presse Imapress. La numérisation des archives, pour les trois quarts a été réalisée sur les films originaux, Fujichrome E6, 100 Sensia, cependant quelques images peuvent provenir de duplicatas de diapositives destinés à la distribution des magazines. Récupérer ses originaux lors de la faillite ou du rachat d’une agence de presse était un vrai combat à une époque pour les photographes.

Mon matériel photos argentique, ma dernière carte et brassard de presse N° 89013
et mon premier visa pour les États-Unis lors d’un reportage à Washington sur l’Impératrice Farah Diba en 1998.

Paris, le 14 septembre 2018 – Exposition “Regards sur l’Élysée” À l’occasion des Journées européennes du Patrimoine 2018, la Présidence
de la République met à l’honneur le travail des photographes du Comité de Liaison de la Presse (CLP) au travers d’une exposition intitulée
“Regards sur l’Élysée”. Ma participation à cette exposition via l’agence Sipa Press, par la sélection d’une de mes photographies par le Comité
de liaison de la presse, a été pour moi un honneur et un réel plaisir que j’ai pu partager avec ma fille, Charlotte.

« Quand les dieux veulent nous punir, ils exaucent nos prières. »

(Oscar Wilde)

François Mitterrand à Orléans 1995
1998 – Jean Desaunois et moi à Washington sur les rives du fleuve Potomac.
L

a vie de photojournaliste n’ait certes pas aisé, j’ai du quitté la presse peu de temps après l’écroulement de l’agence Imapress en 2005, avec ce désagréable sentiment de perdre mon univers, mais le destin nous ramène souvent sur notre chemins, pourvu qu’on le veuille, on ne récolte que ce que l’on sème…
Et je me retrouve, aujourd’hui en 2019, après moult emplois alimentaires, face
à moi-même, mon désir, et cette citation d’Oscar Wilde qui me tient particulièrement
à cœur, « Quand les dieux veulent nous punir, ils exaucent nos prières. » Le passé ne meurt jamais, il revient toujours sous un éclairage nouveau, et l’accueil qui m’est fait dans la profession notamment de l’agence de presse Sipa Press me conforte et me pousse à revivre pleinement cette nouvelle aventure, après des années d’absence, j’ai le sentiment de retrouvé enfin ma famille professionnelle.
Mon histoire de photographe d’agence débuta en 1986, jeune et plein d’espoir, je faisais la tournée des agences de presse à la recherche de films pour partir en Afrique, finalement Sipa Press à été la seule agence de presse à me fournir en films. Je fus reçu chez Sipa Press par M. Göksin Sipahioglu fondateur de l’agence. Après lui avoir exposé mon projet, M. Sipahioglu fit entrer une personne dans son bureau et lança avec panache : « Donner à monsieur ce qu’il demande » je suis resté scotché, impressionné par ce personnage et ressorti de chez Sipa Press avec une centaine de films couleur et noir et blanc.
De retour d’Afrique, en 1987, je vais voir Noël Quidu chez Interpress avec mes photos, « Tes cadrages sont bons, les images sont bien exposées, mais tu as un problème de piqué, change tes culs-de-bouteille pour des objectifs de qualités, ça ira mieux ». Du coup je ne suis pas retourné voir M. Sipahioglu avec mes photos, j’ai manqué d’honnêteté, par peur du ridicule et manque de confiance. Avec le recul, maintenant, et connaissant la personnalité de ce monsieur, qui a donné sa chance à nombres de photographes, je suis sûr que M. Sipahioglu m’aurait intégré dans son agence. Mais je ne regrette absolument rien de mes années passées chez Imapress, Jean Desaunois et Pierre Ménochet, m’ont tout appris de cette profession. Après mes premières expériences de photographe pour le journal «La République du Centre » et mes aventures africaines, j’ai mis quelques mois avant de monter à Paris, le succès de mon exposition « Au pays des soixante peuples » dans ma ville d’adolescent à Jargeau, me fit franchir le pas, les débuts furent difficiles, et je ne vais pas m’étendre sur les galères et toutes les difficultés de vivre sans logement ni finance dans une ville comme Paris.

J’

ai intégré l’agence Imapress le 9 juin 1988, sur les conseils de Noël Quidu rencontré quelques mois plut tôt en Côte-d’Ivoire dans la ville de Bouaké. Une conversation avec ce grand reporter reste dans ma mémoire, à trois reprises il me demanda si j’avais vraiment envie de faire ce métier, argumentant que c’était une profession difficile qui exigeait de travailler à deux cents pour cent, oui, oui, oui c’était vraiment ce que je voulais faire, « Alors va, de ma part à l’agence Imapress, demande à voir Andrew Mack ou Pierre Ménochet, reste six mois pour apprendre le métier et change d’agence pour gagner ta vie ». Je n’ai suivis son conseil qu’a moitié, car je suis resté 15 ans chez Imapress jusqu’a la fin, en 2003, j’ai fais don de 1393 diapositives de mon travail chez Imapress à la Bibliothèque National de France, et je collabore aujourd’hui avec l’agence de presse Sipa Press sous le statut d’auteur pour diffuser mes reportages et pour faire revivre mes archives d’Imapress.
La boucle est bouclée…
l’a publications des photos dans les différents organismes de presse nationale ou internationale est l’aboutissement du travail d’un photographe de presse. À l’agence Imapress, un débriefing de fin de semaine confrontait la rédaction composée de Jean Desaunois, directeur de l’agence, Pierre Ménochet, rédacteur en chef, Andrew Mack, rédacteur, journaliste, aux vendeurs, Jeff et Saïd et aux photographes, Romuald Meigneux, Stéphane Cardinale, Jean-Claude N’Diaye, Nicholas Mac Innes, Gilles Rolle, Stéphane Bénito, Lahcène AbibIan Hanning, entre autres, je ne peux pas les cités tous.
Engueulades pour certains, belles parutions ou déceptions pour d’autres. Après la fermeture de l’agence, des discussions épiques se poursuivaient au bar d’en face pour se terminer au restaurant, aux frais de l’agence quand les vendeurs ou les filles aux archives avaient fait de bons coups, car on négligeait, je crois, un peu trop l’importance du travail des archives tenue par Catherine, Gina, Christelle.

Mes débuts de photographe pour le journal « la République du Centre » et  ma première exposition photos.
P

remière parution dans Le Nouvel Observateur, une conférence de presse de Pierre Bérégovoy ministre de l’Économie en 1988. Des parutions de photos dans la presse aux paiement, il s’écoule quelques mois, jeune photographe en difficulté financière, Jean Desaunois me proposa un petit job aux archives, les reportages la journée et le classement des archives le soir.
Nous faisions des photos en noir et blanc à cette époque, nous devions coller les légendes, ou les écrire à la main aux dos de chaque tirage que les vendeurs proposaient aux journaux, en plus des envois à l’étranger.
Mes cadrages étaient toujours trop serrés, « Cadrez large Gély, qui peut le plus peut le moins, les journaux pourront toujours recadrer la photo » me répétait Desaunois, et quand je ramenais à l’agence une série de portraits très serrés, l’oeil rivé à son compte fils, sur la grande table lumineuse, le jugement était sans appel : « le jour où vous aurez les talents de M. Karsh, vous pourrez vous permettre de couper les têtes ».
Pierre Ménochet, rigoureux, mais plus souple, laissait passer des images permettant des diffusions à l’international qui portait leurs fruits en parution presse.
Les maximes de Jean Desaunois étaient nombreuses, l’une d’entre elles me revient à l’esprit, lorsque je rechignais à faire selon moi, « un sujet sans importance », il me répondait froidement avec une sorte de dédain en me fixant du regard, « Il n’y a pas de petits sujet Patrick, il n’y a que des grands photographes », il avait le don de piqué là ou ça faisait mal, il m’avait envoyé un jour sous prétexte que Paris-Match avait une info, pour photographier le jardin des Tuileries, quelle drôle d’idée !, j’arrive sur les lieux, je ne vois rien, ni personnes, je ne fais aucune photo, de retour à l’agence, je lui dis qu’il n’y avait aucun évènement à photographier…
Quand sort le magazine Paris-Match, il me montre une double page du jardin des tuileries vide, sans personne, en me disant « Gély, c’était ça qu’il fallait prendre en photos, les Tuileries déserté par les touristes et les joggeurs, et vous l’avez raté ».
À une époque il y a eu un journaliste à l’agence, je ne me rappelle malheureusement plus sont nom, nous avions pourtant fait quelques reportages ensemble, Yvette Horner chez elle à Nogent sur Marne, ou la patineuse Surya Bonaly.
Il avait obtenu un rendez-vous pour faire un clos-up avec Marie-France Stirbois, militante du Front national, après le décès en 1988 de son mari, Jean-Pierre Stirbois, secrétaire général du Front national, je ne voulais pas faire ce reportage sous prétexte que c’était le Front national, etc.
Sa réponse évidente me fit changer d’avis, « Patrick, si tu veux faire ce métier, t’es idées politiques, tu les accroches aux porte-manteaux ».

Couverture de Newsweek Jacques Chirac 1995
N

ous étions trois ou quatre photographes à avoir sur nous en permanence la carte American Express de l’agence, nous pouvions partir du jour au lendemain sur un reportage, mais jamais sans la garantie d’un grand magazine qui pouvait à cette époque financer tout ou une partie des frais de reportage.
Nous avions nos films (Fuji 100 Provia que nous poussions à 200), et nos développements à payer à cette époque, ce qui représentait un gros budget, nos frais de reportages à l’étranger étaient financés à cinquante pour cent par l’agence. Merci à Marie-Christiane djénazian (ma sorcière bien-aimée), secrétaire générale d’Imapress de m’avoir aidé à boucler des fins de mois difficiles durant toutes ces années.
L’année 1997 a été un tournant et un changement radical dans ma vie, je partais régulièrement en reportage à l’étranger, une vie professionnelle exaltante et bien remplie. Les funérailles de Ladies Diana le 6 septembre 1997 à Londres en pool avec Lahcène reste gravé dans ma mémoire par l’absence de bruit, un silence impressionnant, du haut du podium presse sur lequel je me trouvais au milieu de milliers de personnes, au passage du cortège régnait un silence absolu, les oiseaux c’étaient tus, même le bruit du déclenchement de mon appareil photo me parût obscène !
Puis vinrent deux évènements, aussi marquants l’un que l’autre dans la vie d’un homme, la naissance de ma fille Charlotte le 17 septembre, puis le décès de mon père fin octobre. À partir de l’année 2000, je me suis orienté vers le traitement numérique de l’image, de 2000 jusqu’à 2003 j’ai été salarié chez Imapress comme éditeur photo au Mac desk comme l’appelait Desaunois, mais il était trop tard, toutes les autres agences étaient passées au numérique depuis longtemps, l’agence n’y a pas survécue.
La fin d’Imapress fut marquée par une période trouble, et des déchirures.

Exposition de la BNF « La presse à la une. De la Gazette à Internet »

Illustration d’un éditing « à l’ancienne » que nous faisions avec les diapositives sur table lumineuse avant l’arrivée du numérique,
sujet exposé : La campagne présidentielle de Jacques Chirac en 1995.

Le pape Jean-Paul II à l’occasion des JMJ, Palais de l’Élysée 1997.
M’

a galerie de portraits est une petite compilation de portraits et morceaux d’histoires photographiés lors des différents reportages que je réalisais principalement pour l’agence Imapress.
Des dossiers de certaines personnalités du monde politique, cinéma ou religieux qui m’ont marqué, viendront compléter le site. Rencontres éphémères que l’on n’oublie pas au travers de l’objectif.
Des regards, perçants, pénétrant l’âme comme celui de Jean-Paul II, puis Yasser Arafat le doigt levé, qualifiant de « caduque » la charte nationale palestinienne.
La discussion avec Henri Verneuil sur la photographie, la gentillesse de Jean Marais.
François Mitterrand à Orléans admirant la Loire sur le pont Royal lors des Fêtes Johannique se retournant vers moi un peu excédé par mes appels incessants, me lance calmement « Oui, c’est pour quoi ? ». Surpris, je baisse mon appareil pour bafouiller que c’était pour la photo, et je ne fais pas cette putain de photo !
Des gens qui, avec le recul, me donnent le regret de ne pas les avoir suivi d’avantage, simplement parce qu’ils n’étaient pas sous les feux de l’actualité, ou trop !

A

près l’arrêt de l’agence Imapress et un bref passage dans les locaux du célèbre journal l’Illustration, les circonstances m’amènent en septembre 2005 à accepter la proposition de M. Bachet acquéreur de l’agence Imapress et propriétaire de l’Illustration, de prendre un poste de tireur argentique noir et blanc pour la société La Photofactory dont il était lui même le grand patron.
Mon expérience en tirage N&B, datait de mes débuts dans la photographie vingt cinq plus tôt, c’est comme le vélo me répondit-il, ça ne s’oublie pas.
J’ai eu à cette époque la désagréable impression ou certitude, de quitter mon univers, la presse, l’actualité, les reportages, même si je n’étais plus sur le terrain par choix, j’étais depuis cinq ans éditeurs photos pour l’agence Imapress, à recevoir, éditer, monter et envoyer aux journaux des sujets venant du monde entier, du décès de la reine mère aux tours du World Trade Center, et tout cela allait terriblement me manquer.
J’avais l’impression de revenir en arrière, un photographe commence toujours par le noir et blanc, pour parvenir ensuite à la prise de vue, de mariage, mode, presse, etc. Revenir à l’origine, rarement.
Mis à part ces états d’âme, avec le recul, je garde un très bon souvenir de cette expérience enrichissante de tireur photo noir et blanc, sous l’agrandisseur.
La Photofactory fut rachetée en 2007 par M. Rogeon, Nathalie en était la nouvelle gérante.
En 2008 pour diverses raisons je poussais la société à passez au numérique, fini la repique au pinceau en poil de martre qui te nique les yeux, que ce soit au gris film, ou au kit de repique Marshall du noir froid au ton olive, fini de vivre dans le noir en attendant la sortie des tirages sur la vieille tireuse Ilford 2140 C, tout ce travail de labo est très sympathique quand on le pratique occasionnellement, ou régulière sur des commandes artistiques, mais de manière intensive cela devient monotone.
La numérisation des archives de l’Illustration (d’oeuvre d’art souvent) plaques de verre, tirages papiers du début du siècle, ou négatifs plus récents, nous offraient à mon coéquipier Tom et moi, la possibilité de sortir de la chambre noire.
Nous disposions du matériel le plus récent de l’époque pour le numérique, I Mac 27 pouces, scanner Nikon Coolscan LS-9000 ED, scanner EPSON Expression 10000 XL, disques externes, etc., nous réalisions les repros de film argentique avec un boitier Leica, et un objectif Leitz de 85 m/m, sur un banc de repro Kaiser, pour les numériser et les retoucher sur Photoshop.
Les tirages étaient réalisés par la société Rainbow Color sur des tireuses argentiques, tireuse Frontier pour des tirages jusqu’à 30 cm en 300 DPI, les tirages plus importants jusqu’a 100 x 180 cm étaient réalisés sur des tireuses Lambda en 200 DPI.
Puis M. Gilles Dubourg, vendeur à la boutique de La Photofactory depuis le début, est parti en retraite rejoindre sa dune du Pilat.
Fin 2011, Le déménagement de La Photofactory de la rue du Renard (locaux de l’Illustration), à la rue Molière, m’a permis de réaliser les plans de mon nouveau poste de travail, merci à Nathalie et M.Rogeon de m’avoir laissé cette responsabilité et une certaine liberté de pouvoir m’investir dans les choix techniques du labo. Les contraintes d’un labo numérique en noir et blanc ne sont pas les mêmes que pour l’argentique, le fichier numérique en RVB noir et blanc que l’ont envoi au tirage ne supporte aucune dominante de couleur, à part peut-être une légère teinte jaune ou bleue, qui pourrait rappeler des tirages chaud ou froid de certain papiers, mais une dominante verte, ou magenta sur un tirage noir et blanc, c’est l’horreur.
Au-dessus d’une grande table de travail, deux grosses lampes lumière du jour 6500 k me permettaient de contrôler la qualité des tirages, et de m’assurer également qu’il n’y est aucune dominante, malgré tout, il y a toujours des phénomènes de métamérisme sur les tirages numériques noir et blanc, conclusion, rien ne vaut le bon vieux tirage en argentique.
Je crois que la crise de 2008 / 2009 a marqué véritablement un coup d’arrêt, M. Rogeon a tenu autant qu’il a pu La Photofactory.
J’ai été licencié économique de La Photofactory en septembre 2014.
Nathalie, a repris cette belle entreprise, et Je collabore toujours avec la Photofactory, afin de redonner vie à ces vieilles images.

La Photofactory, rue Molière.

Exemples de photos restaurées et retouchées à la Photofactory.

D

urant l’année 2015, après une expérience de neuf ans à la Photofactory comme tireur labo noir et blanc puis de retoucheur photos numérique, j’entreprends une formation en infographie à l’école Marcorel. Je présente sur la page Info Typo quelques travaux print, brochures, livres, couvertures de livres, maquettes presse, affiches, chartes graphique, montages photos et illustrations réalisée sur Photoshop, Illustrator et InDesing, dans le cadre de ma formation d’infographiste. Au terme de cette formation, j’obtiens avec mention assez bien une certification professionnelle de niveau III pour la Formation d’infographiste chaîne graphiste, répertoriée au RNCP.
Mais, quand les dieux veulent nous punir, ils exaucent nos prières, et ma passion de l’information me pousse en janvier 2017 à reprendre les boitiers et ma profession de photo-journaliste pour l’agence de presse Sipa Press.

Souvenirs d’Afrique…